15.01.2008
Numéro zéro de La Brocante aux Chimères...
Le numéro 0 de la Brocante aux Chimères se pointe avec l'année nouvelle
Une expérience qui va se renouveler
Au sommaire :
- Scutenaire, l'iconoclaste.
- La dame du fleuve (Nouvelle).
- Entretien avec l'Olibrius Céleste.
- Le côté obscur de la page : Ian Rankin.
- Le retour de la mort du rock par Manon Dufrénou
- Zik (commentaires de CD)
- Cartes Postales... et autres clins d'oeil...
Amitiés
Pascal DUFRENOY
19:38 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
15.11.2007
Les chroniques du Houtland.
L’alouette en colère.
Le 15 novembre 2007.
« Écrire est un métier pénible, avec ou sans génie. Avec c’est encombrant. Sans, c’est frustrant. »
Félix Leclerc
Cousin de l’autre côté de l’eau, un « raconteux » m’a dit qu’il y a bientôt deux décennies un poète s’est endormi pour aller rêver ailleurs nous faisant par là « une dernière bonne joke… »
Vers la Rive-Nord du fleuve St-Laurent, les érables ne flamboient pas encore en ce matin d’août 1988.
Le ciel de l’île d’Orléans est désespérément vide, les oies cendrées sont restées chez elle. Comme une pudeur d’oiseau sauvage envers le vieil homme qui dort… Ce matin l’alouette en colère s’est tue. Pourtant vingt ans après, malgré le tumulte des « niaiseux » et autres « chiens à culottes », il chante encore notre Félix.
Pardonne-moi mon cousin de l’autre côté de l’eau si je dis « notre » Félix. À force de talent il est devenu planétaire.
Toutes ses générosités sont devenues les nôtres : la fierté des racines, la résolution, l’originalité, l’indépendance d’esprit.
Dans ce vieux pays, certains se souviennent que Félix Leclerc fut également un écrivain prolifique, auteur de chroniques douces-amères (merci Félix, les chroniques, j’aime…) où à la manière d’un Ésope ou d’un Jean de La Fontaine, il fit dialoguer bêtes et hommes, ces thèmes de prédilection y sont présents, l’imagination est la cause indigne à mettre au banc d’infamie, voilà le verdict des hommes…, elle est l’origine d’un bouleversement de l’ordre établi.
L’univers des chroniques de Félix Leclerc où les lapins deviennent nos contemporains aux noms évocateurs ne prête pas à sourire : des noms suggestifs et des destins funestes, Trotte-Pesant, Rondudu, Nez en l’air, Oreille déchirée, Myope… Leur monde est comme le nôtre : cruel, cynique, sans appel. Il y est question du désarroi de l’homme face à son environnement social, monde citadin ou monde rural, mais aussi de l’impossibilité de communiquer avec ses semblables. Le cloisonnement de nos sociétés, quelle clairvoyance ! Félix Leclerc avait déjà compris nos sociétés actuelles.
Un jour, cousin, j’enjamberai le grand océan et je viendrai te serrer la main. Les calepins d’un flâneur dans la poche, « j’amarrerai » mes souliers que je me garde bien de cirer et j’irai faire le tour de l’île d’Orléans
Il me plaît de penser que loin d’avoir « sacrer ton camp », tu es toujours là Félix… Tu es devenu une ride sur le fleuve, l’odeur du vent à travers les branches des grands feuillus, la lumière dans l’eau « à la brunante »…
Le père, ici aussi, se prénommait Félix cela veut dire heureux. Heureux, il le fut certainement comme toi.
Parfois, les soirs d’été, lorsque « je prends une marche » sur les bords de mon détroit, là-haut, dans les Hauts de France, la lumière déclinante sur la blondeur des dunes me fait découvrir un spectacle insolite, je vois se découper trois silhouettes sur l’horizon, par-delà l’océan… Ainsi, je sais qu’une fois encore j’ai vu le loup, le renard et le lion… Même si les soldats ne sont toujours pas troubadours et que nous ne vivons toujours pas d’amour…
Un matin, cousin, je viendrai te serrer sur mon cœur et pour faire mentir les clichés folkloriques, tu m’inviteras à la cabane à sucre, peut-être qu’autour d’une soupe aux pois ou d’une assiette de crêpes nous parlerons de Félix Leclerc, tu m’apprendras le parler Joual et je t’apprendrai le Ch’ti.
Sur les bords de l’Île, à la brunante, nous regarderons une fois de plus voler les oies cendrées en nous disant qu’en ce bas monde « minoucher sa blonde » est une philosophie qui nous sied à merveille…
Cousins de l’autre côté de l’eau au parler vrai et au cœur libre laissons rêver Félix, lui qui nous a tant donné et fait méditer sur l’amour de la liberté.
« Mourir à une tâche irréalisable est préférable à vivre sans heurt comme un inclinée » Félix Leclerc
Prière bohémienne.
À tous les bohémiens, les bohémiennes de ma rue
Qui sont pas musiciens, ni comédiens, ni clowns
Ni danseurs, ni chanteurs, ni voyageurs, ni rien
Qui vont chaque matin, bravement, proprement
Dans leur petit manteau sous leur petit chapeau
Gagner en employés le pain quotidien
Qui sourient aux voisins sans en avoir envie
Qui ont pris le parti d'espérer
Sans jamais voir de l'or dans l'aube ou dans leur poche
Les braves bohémiens, sans roulotte, ni chien
Silencieux fonctionnaires aux yeux fatigués
J'apporte les hommages émus
Les espoirs des villes inconnues
L'entrée au paradis perdu
Par des continents jamais vus
Ce sont eux qui sont les plus forts
Qui emportent tout dans la mort
Devant ces bohémiens, ces bohémiennes de ma rue
Qui n'ont plus que la nuit pour partir
Sur les navires bleus de leur jeunesse enfuie
Glorieux oubliés, talents abandonnés
Comme des sacs tombés au bord des grands chemins
Qui se lèvent le main cruellement heureux
D'avoir à traverser des journées
Ensoleillées, usées, où rien n'arrivera que d'autres embarras
Que d'autres déceptions tout au long des saisons
J'ai le chapeau bas à la main
Devant mes frères bohémiens
Félix Leclerc


20:31 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
07.11.2007
Encore debout…
« On achète ton bonheur, vole-le ! »
Inscrit sur les murs de la Sorbonne, hall Richelieu, il y a presque 40 ans…
Jacques Tati disait : « Quand j’étais enfant, j’étais assez turbulent et le professeur me mettait quelquefois au coin ! Alors qu’assis à mon pupitre je voyais le professeur à son bureau, respectable comme une institution, au coin je découvrais l’envers du décor : je surprenais l’honorable maître se grattant le mollet ou remontant sa chaussette, et ce simple détail me réconciliait avec les apparences ».Voilà ce qui est intéressant dans l’écriture, montrer l’envers du décor en se réconciliant avec les apparences.
A cette époque de langage formaté où allumer un clope dans la rue deviendra bientôt passible d’un emprisonnement à vie (sans fumer ni boire, l’existence risque d’être longue...) et rééduqué dans un quelconque Guantánamo de banlieue… Bien que… Combien de millions de mes contemporains mêmes non-fumeurs sont enfermés dans les modernes bagnes que sont ces ghettos de béton ? Et le comble… Ultime perversité d’un système effarant, ils payent même pour cela… Parfois la quasi totalité de leur maigre pécule…
Enfin, je m’égare, mais j’adore déambuler en dehors des chemins balisés par nos non
penseurs, dispensateurs de cerveau libre entièrement dévolu à cette consommation obscène d’objets et de besoins stériles, assujettissement contemporain qui s’essouffle en de terribles borborygmes de phase terminale….
Bref, écrivais-je, montrer l’envers du décor est parfois salutaire et reste un exercice plaisant et parfaitement iconoclaste dans cet univers gavé de mots, d’images et de sons où finalement on ne nous inculque que l’essentiel : LA PEUR…
La peur dans ce qu’elle peut avoir de primitive, la bonne vieille frousse qui nous paralyse, nous rend idiots, frigides ou impuissants (biffer les mentions inutiles…), quelle splendide découverte de nos hommes politiques occidentaux et quelle aubaine pour les laboratoires pharmaceutiques. Fumer tue ! Certes… Mais en 2007, où plus exactement depuis un certain 11 septembre 2001, Penser pue ! Et Rêver entraîne une grave dépendance au bonheur ! N’est-ce pas magnifique cette faculté qu’ont développé nos démocraties moribondes afin de récupérer les images et les faits, souvent tragiques et monstrueux, c’est indéniable, pour nous distiller l’épouvante ! Afin de mieux contrôler les masses… Travailler plus pour vivre moins !
N’avons-nous pas élu dans la ferveur un certain 6 mai 2007, le Joker… mais je pense que Batman et Robin se feront attendre cette fois… Avec Oswald Cobblepot, le Pingouin à Matignon et Selina Kyle, Catwoman à la justice, Le Joker dans son repaire de l’Elysée peut enfin mettre le monde en coupe réglée… L’arme ultime… L’omniprésence hypnotique dans l’ensemble des médias qui persuade chaque habitant de ce pays qu’il fait partie des hommes riches ou à défaut, qu’il fait partie des mecs biens, c’est devenu la même chose dans l’inconscient collectif (tiens ! Voilà, un terme qui n’a jamais autant mérité son étiquette, parce que la dose d’inconscience que l’on trimballe toutes et tous depuis quelques temps…).
Vous allez me rétorquer : Tu deviens fou, mon pauvre chaland de la Brocante aux chimères ! Et vous aurez raison ! Mais loin de m’offusquer de ce jugement, je revendique cette qualité, être déraisonnable est la seule faculté que j’ai jugé assez puissante pour ne pas rester un homme en colère… C’est cette démence qui me sauvera, car l’insensé est créatif et le raisonnable creux… Notre véritable folie est là, dans ce que l’on veut nous faire croire, voir, penser, comme si toutes choses et tout choix de société était inéluctable et que tout absolument tout se rapportait à l’économie de marché, nouveau dieu Moloch qui n’en finit plus de nous déchirer de ses crocs puants et nous enfourne par brassées entières dans son ventre de feu (j’aime bien cette image, on dirait un extrait d’un vieux fascicule des aventures de Harry Dickson !)
La peur conduit à la colère et la colère conduit à l’aigreur, j’en ai fait l’expérience. L’aigreur cette acidité qui ne convient ni au vin ni aux hommes. Avoir la haine peut vous faire mal au corps, la santé en être ébranlée et ce ne sont pas de vains mots tirés d’un traité du Bouddhisme ou d’exercices de sophrologie. Ce ne sont que les faits d’une réalité qui fut la mienne… L’enfer a un visage, c’est un homme pâle en costume sombre derrière un bureau glacé qui consulte un écran d’ordinateur, il ne possède qu’un seul logiciel, un tableur… Il décline l’univers du vivant, du sensible et de l’humain uniquement en graphiques, camembert et colonnes de chiffres. Il décide du sort de ceux qui vont basculer dans le vide et de ceux qui vont tenter de s’accrocher à la corde au-dessus du précipice, il contrôle la rigidité du pont au-dessus de l’abîme, c’est un jeu cruel… Mais il ne possède même pas la conscience du bien et de mal, il ne rend que des comptes à un autre démon quelques étages plus hauts. Brazil le film de Terry Gilliam, c’est un conte d’Andersen à côté… Absurde et effroyable est le monde que ce démon construit pour nous…
La vie possède les couleurs de la passion et de la création, des actes gratuits et de la fantaisie. C’est un promeneur nonchalant qui fait ses emplettes d’émotions et de rencontres, de rires et d’idées extravagantes dans les méandres de la Brocante aux Chimères. Le client s’indigne mais en riant, en parodiant, en dénonçant le grotesque et l’insanité du monde comme l’Auguste dérange le clown blanc dans son numéro musical.
Les mots peuvent être une arme mais l’humour, la distance et la dérision sont ses munitions…
Nous choisissons en partie la manière dont nous allons passer le temps qui nous est accordé dans la grande Braderie de l’existence…
Alors costume sombre ou tenue d’Auguste aux grandes godasses ?
Prenons garde de ne pas mourir tout en ne le sachant pas ? Etre debout mais déjà plus là, car comme le dit si bien Woddy Allen : « L’éternité c’est long, surtout vers la fin… » Pascal Dufrénoy, Chaland perpétuel de la Brocantes aux Chimères17:55 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note





